La destruction de l’ego

soufisme

Je viens de finir la lecture de « Soufi, mon amour » d’Elif Shafak. Comme l’indique le nom, ce livre est centré sur le soufisme avec pour thème central la relation entre le derviche Shams de Tarbiz et son impact sur le poète en devenir Djalâl ad-Dîn Rûmî. Shams va devenir le maître spirituel de Rûmi et le menait à une nouvelle vision de la foi. Il y a beaucoup de notions intéressantes dans cet ouvrage. Je retiendrai en particulier un élément prédominant qui est la destruction de l’ego. C’est ce à quoi Shams essaie de faire parvenir Rûmi au long de l’ouvrage.

Alors que ce dernier jouit d’une position appréciable (une famille aimante, une cour de fidèles, des amitiés avec les gouvernants, la richesse, etc), son maître va le pousser à dépasser le reflet envoyé par son entourage et l’image qu’il a de lui-même. Il va le mettre à l’épreuve de différentes manières en le poussant à se rendre dans une taverne d’ivrognes, accueillir une prostituée en fuite dans sa maison, rejeter l’argent d’un notable, etc. Rûmi est constamment amené à quitter sa zone de confort et se retrouve confronté à la vie du peuple, à la vie ‘normale’. Petit à petit, il se défait de son cocon et des connaissances théoriques accumulées par ses multiples lectures pour se concentrer sur l’humain, l’expérience et l’instant présent.

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L’ego peut être une grande source d’interrogations et de souffrances qui nous renvoie continuellement au passé (ce que j’ai été, ce que je n’ai pas été, ce que j’ai fait, ce que je n’ai pas fait, ce que j’ai eu, ce que je n’ai pas eu) et au futur (ce que je serai, ce que je ne serai pas, ce que je ferai, ce que je ne ferai pas, ce que j’aurai, ce que je n’aurai pas). Il est la source des ressentiments, des regrets, des discordes et des jalousies. Il est comme un boulet que l’on traîne et qui grossit au fil des ans. Il nous enchaîne dans des habitudes et finit par étouffer toute perspective, à restreindre notre propre champ de vision par une forme d’auto-conditionnement. A un certain point on devient soi-même ce boulet et l’on ne fait que tourner en son centre avec un pied dans le passé et un pied dans un futur inévitablement impacté par notre vision déformée du passé. On n’est plus jamais dans le présent.

L’ego qui nous pousse à réagir, qui est comme on le dit parfois ‘mal placé’ et qui nous entraine dans de multiples conflits contre soi-même et les autres. L’ego qui est aussi bien une armure qu’une prison, un moyen d’élévation et une trappe, une vérité et un mensonge.

Un ego brillant sera une source de lumière pour son porteur mais elle peut être si forte qui l’en oublie de voir le reste, son entourage, le monde. Enfermé dans un palace à se contempler, soi et sa réussite et délaissant la beauté du monde extérieur. Une sensation agréable si l’on ne cherche pas à aller plus loin, si l’on se sent complet dans ce cadre. Mais Rûmi ne sent pas épanoui dans son environnement. Il a tout pour lui mais il lui manque un degré de spiritualité qu’il ne peut atteindre qu’à travers Shams.

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Shams met en avant un étape cruciale pour s’abstraire de son ego : atteindre le Fana c’est-à-dire l’annihilation de soi. Autrement dit « mourir avant la mort » pour être libre de vivre. C’est en mourant qu’on se débarrasse de ses entraves et de ses doutes quant à la Voie que l’on a choisie. On peut alors se montrer en pleine lumière tel que l’on est, sans prendre en considération le jugement des autres. S’affirmer soi-même sans appréhension.

C’est en accédant à ce stade que Rûmi va arriver à un stade supérieur de spiritualité et découvrir sa véritable nature : il est un poète et les mots lui viennent tout seul comme une cascade débordant du Verbe.

Une fois que l’individu n’est plus centré sur lui-même, il peut alors s’ouvrir à l’Autre et s’affranchir de son Moi. La destruction de l’égo c’est aussi se fondre dans l’universel. Un principe d’harmonie également présent dans le taoïsme, le bouddhisme ou encore l’hindouisme. L’être n’est plus Un avec lui-même mais forme Un avec le Tout. C’est le principe de non-dualité. C’est à partir de ce stade de compréhension et d’acceptation que l’on peut Aimer sans limite.

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